Satrapi pour la Femme iranienne dans Persépolis

Dans plusieurs pays, les femmes sont peu considérées. Ainsi, étant née et ayant vécu en Iran durant la majeure partie de son enfance, Marjane Satrapi nous propose un témoignage autobiographique engagé de la conditiondesFemmes dans la société iranienne dans Persépolis (en français « le trône de Jamshid » était une capitale de l’empire perse achéménide), son recueil de bandes dessinées.

« Reste toujours digne et intègre-toi à toi-même ». Ainsi sont les propos de la grand-mère de Marjane Satrapi, une personne qui lui est très chère. Ces propos resteront gravés à jamais dans la mémoire de Marjane Satrapi, pour éviter de tomber dans quelconque vengeance envers les « cons de la vie », une autre expression de sa grand-mère.

Persépolis dévoile donc l’enfance de l’auteure de sa naissance, en novembre 1969, jusqu’en septembre 1994, jour de son départ de l’Iran pour la France, alors âgée de 24 ans. Cette période de sa vie est divisée en quatre volumes au travers desquels Marjane Satrapi relate ses expériences marquantes vécues en Iran à cette époque, sous un gouvernement islamiste, et un pays en guerre. Elle y développe différents points de vue à travers les âges. En effet, alors jeune fille, elle est soumise au port du voile, puis à des révolutions, des décès de proches fusillés… Satrapi développe son avis sur ces évènements survenant même à l’école. La jeune Iranienne ne se soucie plus des martyrs morts pour l’Iran qu’ils doivent honorer chaque jour en se frappant le torse.

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Puis à l’âge de 14 ans elle s’intéresse secrètement à la mode et la culture anglaise et américaine, interdite par le régime contemporain, puisque les femmes ne devaient porter que le voile et aucun autre accessoire, qui est devenue obligatoire en 1980 après la révolution iranienne.

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De plus, à l’école, elle va jusqu’à contredire les propos islamistes et intégristes de l’enseignante. Déjà jeune, elle entretient un esprit de rébellion face à la condition féminine iranienne et à l’intégrismereligieux.

Elle vécut dans la peur de la mort lorsque l’Iran et l’Irak entrent en guerre. Alors, nombre de bâtiments sont détruits et d’Iraniens sont tués. Ses parents décident donc de l’envoyer en Autriche, à Vienne, pour poursuivre ses études dans un lycée français. Une fois en Europe, elle constate alors le contraste culturel entre les deux pays et jouit alors des libertés autrichiennes. Elle tente de s’intégrer à cette nouvelle vie. Elle est renvoyée de la pension dans laquelle elle est placée après avoir insultée une mère supérieure, en réponse à une insulte de cette dernière sur les iraniennes.Elle parvient finalement à s’intégrer dans le lycée français malgré le fossé culturel entre elle et ses amis. Cependant, après une rupture sentimentale avec un autrichien, une consommation excessive de drogue et une solitude amicale, Satrapi vit en ermite dans la nature pendant trois mois. Elle oublie totalement qui elle est, elle perd sa dignité du fait qu’elle est rejetée de toutes parts, en partie à cause de sa nationalité. Abattue des évènements, elle rentre alors en Iran, même si elle laisse en Autriche ses libertés individuelles.

A son arrivée à Téhéran, en Iran, elle constate les conséquences de la guerre : les rues portent des noms de martyrs, et les affiches font l’éloge de ces derniers. De plus, Marjane Satrapi pensait trouver du réconfort et recommencer une nouvelle vie mais elle ne cesse de penser à ce qu’elle a enduré en Autriche. Elle devint alors dépressive, jusqu’à faire une tentative de suicide en ingérant une forte dose de médicaments. Malgré la très forte dose ingérée, elle survit à cette tentative, consciente que, visiblement, elle n’est pas prête à mourir. Elle décide alors de prendre sa vie en main, et reprend alors son statut de femme en rébellion avec les obligations du régime. Elle fait la connaissance de Réza, qui deviendra son futur mari. Après réussite du concours national, elle accède à une faculté d’arts graphiques. Et, encore elle s’oppose aux propos des gérants de l’université, qui revendiquent des tenues plus longues pour les femmes pour mieux les cacher, ce qui la gêne dans son travail d’artiste. Elle ne fut pas renvoyée, puisque fermement attachée à ses convictions personnelles, elle est chargée par la commission islamique de définir un vêtement idéal pour les artistes comme elle. Malgré cela, leurs modèles artistiques sont eux entièrement vêtus, rendant absurde toute forme de représentation picturale. Elle est par la suite victime de nombre de situations grotesques de ce genre.

Elle s’engage enfin dans une lutte discrète contre le régime : elle montre ses cheveux et se maquille, signifiant des actes de rébellion car au lieu de vérifier si leur tenue était réglementaire, elles retrouvaient leur capacité de réflexion politique. Peu à peu, nombre d’élèves prirent part à cette lutte secrète : il s’organisait des fêtes secrètes tous les soirs jusqu’à ce qu’ils soient arrêtés par des gardiens de la révolution.

Son mariage avec Réza engendre une relation de couple qui se dégradait : Marjane se sentit en désaccord avec ses convictions de femme libre et ils vivaient séparément.

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Poussée par ses parents, elle devient une femme instruite, et, après un projet de parc d’attraction rejeté du fait qu’il s’agissait de créer des symboles religieux, Marjane Satrapi devient illustratrice dans un magazine, grâce à sa carrière artistique, et jouit alors de la liberté d’expression. Cette dernière ne dure pas longtemps puisque la presse fut surveillée par le gouvernement. En rencontrant une victime de cette surveillance, elle constate encore une fois que la femme est peu considérée comparée à l’homme. Enfin, après s’être séparée de Réza, elle décide de partie pour la France. Cependant, cette fois, le départ est différent puisqu’il n’y avait plus la guerre, elle repart libre, avec ses opinions personnelles de femme libre.

En grandissant, Marjane Satrapi s’affirme peu à peu en tant que femme iranienne s’opposant au régime, même si elle perd confiance en elle, notamment à son retour d’Autriche, où elle vécut une période difficile au milieu d’européens. Elle arrive alors à retrouver sa dignité et sa fierté d’être iranienne, toujours en opposition avec le régime islamiste d’Iran. Elle s’est secrètement battue pour être mieux considérée dans un pays où les femmes ont peu de liberté. Qu’en est-il aujourd’hui ?

En 2007, la bande-dessinée de Marjane Satrapi est adaptée au cinéma par son auteur elle-même avec l’aide de Vincent Paronnaud et de toute une équipe d’animation. Prix du jury au festival de Cannes 2007, le film d’animation Persepolis permet d’entrer dans l’intériorité d’une adolescente iranienne.

J.L et A. A.