Une exigeante liberté

« Cette exigeante liberté » est un entretien de Lucie Aubrac avec Corinne Bouchoux   ; il retrace le parcours de cette femme engagée, brillante et de ses différents combats.

Lucie Aubrac est une femme indépendante et engagée qui participera au mouvement de résistance durant la Seconde guerre mondiale.

Lucie A

Lucie Aubrac au temps de son agrégation de l’Université. Collection particulière Raymond Aubrac

Lucie est née dans une famille de cultivateurs en Bourgogne en 1912 qui l’a poussée vers le haut en lui apprenant très jeune à lire et à être indépendante. C’est d’ailleurs de son père blessé, traumatisé et devenu amnésique pendant la guerre 14/18 que lui vient son côté pacifiste qui l’incitera à intégrer la Résistance en 1931. Lucie veut sortir de sa vie monotone de campagne, ainsi elle tente le concours d’entrée à l’école normale supérieure des institutrices en 1929 et le réussit mais refuse d’y entrer car pour elle « L’idée d’être interne, m’était insupportable ! ». À 17 ans Lucie devient complètement indépendante et acquiert une grande liberté. C’est en ayant trouvé un emploi en tant que plongeur dans un restaurant qu’elle rencontre des professeurs qui l’incitent à faire des études supérieures d’histoire. Mais elle doit tout d’abord passer le baccalauréat qu’elle prépare en autodidacte et qu’elle obtient en 1933. Elle finit par obtenir tous les certificats nécessaires pour avoir sa licence d’histoire en 1936 qui lui permet de préparer l’agrégation d’histoire et géographie qu’elle réussit du premier coup en 1938. Parallèlement à ses études, de 1929 à 1938 Lucie se montre très active politiquement. Elle fréquente le Cercle international de jeunesse, cette association à coloration pacifiste qui cultive la tolérance et qui lui permet de se rendre en Allemagne en 1932 et en Angleterre. Mais Lucie Aubrac est connue pour être une fervente communiste qui défendit ardemment les valeurs de ce parti depuis 1932.
Son mari, Raymond Samuel, un ingénieur des ponts et chaussées, qu’elle rencontre en 1939 le soutiendra toute sa vie et l’aidera notamment à créer avec Jean Cavaillès, un philosophe et ancien collègue de Lucie, et Emmanuel d’Astier de la Vigerie, le journaliste, le mouvement résistant Libération-Sud qui sera le mouvement de résistance le plus important dans la zone sud (création du journal Libération). Lucie sera très impliquée lors de cette guerre et participera même à des sabotages pour libérer des prisonniers. Raymond, son mari, qui faisait parti des groupes francs estarrêté par la police lyonnaise en novembre 1942En Novembre 1942. Elle parvient à le libérer en menaçant le procureur qui avait l’affaire en charge. Le 21 Juin 1943 Raymond est de nouveau arrêté par la Gestapo avec Jean Moulin. Mais c’est le 21 octobre 1943 que Lucie avec un groupe de résistants attaquent un camion allemand dans lequel se trouvent quatorze résistants dont son mari : elle parvient à les sauver.

Lucie et son mari

Lucie et Raymond Aubrac

Traquée par la police, la famille Aubrac entrera dans la clandestinité et se cachera de refuges en refuges pour arriver à Londres le 8 février 1944. Après la guerre, ils iront vivre au Maroc puis en Italie et les Aubracs auront des postes importants au sein de l’Etat français mais aussi au sein de l’ONU. Lorsque les Aubrac rentrèrent en France, Lucie continua son combat en passant dans les écoles pour évoquer la Résistance. Elle publia aussi en 1984 Ils partiront dans l’ivresse un récit autobiographique sous forme d’un journal recomposé couvrant les neuf mois de sa grossesse, de mai 1943 à février 1944. Lucie Aubrac est morte le 14 mars 2007 à Paris à l’âge de 94 ans. Ses obsèques, avec les honneurs militaires, ont eu lieu le 21 mars aux Invalides, en présence du chef de l’État, du Premier ministre, de plusieurs ministres, ainsi que d’un grand nombre de personnalités politiques.

Lucie Aubrac reste à jamais une des figures majeures de la résistance féminine durant la seconde guerre mondiale.

A.A. et E.C.