« Le monde d’Aïcha » ou une réflexion sur les droits de la femme au Yémen

« Nous sommes tous, les hommes comme les femmes, prisonniers d’un cercle tribal, qui se nourrit de pauvreté et d’ignorance, qui fait peur. C’est là mon pays, archaïque, abimé et magnifique« . Aïcha.

Dans cette bande-dessinée, le dessinateur Ugo Bertotti met en scène les femmes qui ont accepté de partager l’intimité de leur foyer. Ces récits témoignent de la condition des femmes de nos jours au Yémen.                        .

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A travers des dessins sobres et réalistes en noir et blanc, Ugo Bertotti ancre le caractère grave de la situation de ces femmes yéménites qui tentent de survivre dans un monde misogyne : elles ne possèdent aucun droit et sont soumises aux  désirs de leur mari, qui a un droit de vie de mort sur elles. Les jeux d’ombres et de lumière rendent plus frappante la profondeur des récits. De plus, le mélange de dessins et de photographies fonctionne parfaitement et rappelle qu’il s’agit de la réalité.                      .
Nous découvrons notamment la lutte  et le destin tragique de Sabiha mariée à 11 ans et condamnée à mort par son mari. Le dessinateur nous fait part d’un univers révoltant animé des violences subies par les femmes yéménites et du poids parfois accablant de la coutume du niqab, un voile couvrant tout le visage à l’exception des yeux (95% des femmes le portent). Ainsi ces femmes ont voulu transmettre leur parole à une personne dénuée de préjugés afin de faire progresser l’opinion sur cette cause.

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Mais dans ce monde inconnu dans lequel les femmes sont rabaissées, certaines ont gardé espoir et continuent de se battre pour leurs droits dans la nouvelle génération comme Aïcha qui tente de rompre avec les diktats de la loi islamique pour avancer vers une nouvelle société.
Un magnifique ouvrage qui a permis d’ouvrir les yeux sur les supplices qu’endurent les femmes yéménites. Celles-ci ont pris le risque de raconter leur histoire, comme Sabiha (image de gauche) dans ce moment marquant de sa vie où elle a osé se montrer sans son niqab contre la volonté de son mari.

L. B. et L. M.